Retrouver ses ancêtres artisans : le trésor caché des archives des corporations

Découvrez comment exploiter les archives des corporations, jurandes et compagnonnages pour retrouver vos ancêtres artisans.

Retrouver ses ancêtres artisans : le trésor caché des archives des corporations

©Gallica - BnF


Longtemps avant la liberté d'entreprendre instaurée par la Révolution française, le monde du travail était régi par un système rigoureux et hiérarchisé : les corporations (ou jurandes). Pour le généalogiste, ces structures sont une aubaine. Elles permettent de sortir de la simple lecture des actes de baptême pour entrer dans le quotidien, le savoir-faire et le niveau social de l'artisan. Geneafinder vous propose une méthodologie pour exploiter ces sources souvent délaissées.


Retrouver ses ancêtres artisans grâce aux archives des corporations

Sous l’Ancien Régime, la plupart des artisans exercent au sein de corporations, c’est‑à‑dire des communautés de métiers réglementées par le roi et dotées de statuts, de jurés et de registres. Ces communautés contrôlent la formation (apprentissage), l’accès à la maîtrise et la qualité de la production, tout en produisant une documentation abondante : statuts, rôles de maîtres, listes de jurés, délibérations, comptes, etc.


Pour le généalogiste, cette documentation complète idéalement les registres paroissiaux, car elle permet d’identifier le niveau de qualification (apprenti, compagnon, maître), le lieu d’exercice, les réseaux professionnels et parfois les liens familiaux entre artisans du même métier. De plus, la suppression officielle des corporations en 1791 n’a pas effacé leurs archives, désormais conservées dans les services d’archives publics et accessibles aux chercheurs.


Les archives des corporations transforment la simple mention “tailleur” ou “charpentier” en un profil social, professionnel et familial extrêmement précis.

Comprendre ce qu’est une corporation de métier

Corporations, jurandes, confréries : bien définir les termes

Avant de se lancer dans les archives, il faut distinguer clairement les principaux concepts liés au monde artisanal d’Ancien Régime.

  • Une corporation (ou communauté de métier) est une association obligatoire, reconnue par le pouvoir royal, qui encadre un métier donné (bouchers, boulangers, tonneliers, etc.) avec des statuts précis et une juridiction interne.


  • La jurande désigne le corps des jurés, c’est‑à‑dire les maîtres chargés de contrôler le métier, de faire respecter les règles et de délivrer les maîtrises.


  • Les confréries sont plutôt des associations de dévotion ou d’entraide (souvent sous le patronage d’un saint), qui peuvent regrouper les mêmes artisans mais avec un objectif religieux et caritatif.

FranceArchives rappelle que les corporations disposent d’une personnalité juridique publique, d’une réglementation sociale et technique et d’une capacité de juridiction sur les artisans de leur ressort. Dans plusieurs instruments de recherche, la sous‑série 5 E est d’ailleurs spécifiquement réservée aux “anciennes corporations, guildes et communautés d’arts et métiers”, avec des dossiers par métier (bouchers, boulangers, orfèvres, etc.).

En pratique, identifier si votre ancêtre dépend d’une corporation, d’une jurande ou d’une confrérie oriente immédiatement vos recherches vers des typologies d’archives différentes (statuts, listes de maîtres, confréries charitables).


Bien distinguer corporations, jurandes et confréries évite de se perdre dans les inventaires et permet de cibler d’emblée les bons fonds.

Comment fonctionnait le système corporatif ?

Le fonctionnement de la corporation structure le parcours de l’artisan de l’apprentissage à la maîtrise.

Le schéma canonique repose sur trois étapes :


  • L’apprenti signe un contrat avec un maître, souvent notarié, pour plusieurs années de formation.


  • Le compagnon est un ouvrier qualifié qui a terminé son apprentissage et voyage parfois de ville en ville, notamment dans le cadre du compagnonnage.


  • Le maître obtient la maîtrise après un chef‑d’œuvre, le paiement de certains droits et l’inscription sur les registres de la communauté, ce qui l’autorise à tenir boutique.

Les instruments de recherche de FranceArchives montrent que les fonds de corporations (comme ceux d’apothicaires ou d’orfèvres à Montpellier) comprennent des registres d’admissions, des comptes, des délibérations et des pièces de contrôle du métier, autant de documents susceptibles de nommer apprentis, compagnons et maîtres. Le Musée du Compagnonnage rappelle par ailleurs qu’être “maître charpentier” signifie d’abord être établi à son compte, sans équivaloir automatiquement à un statut de compagnon, ce qui nuance la lecture des titres dans les actes.

Connaître cette progression permet de dater le moment où votre ancêtre devient maître, de repérer un éventuel tour de France ou de comprendre pourquoi plusieurs hommes d’une même famille n’apparaissent pas au même niveau dans les registres corporatifs.

Le triptyque apprenti–compagnon–maître est la colonne vertébrale de toute recherche sur les artisans en contexte corporatif.

Où se trouvent les archives des corporations ?

Les séries 5 E et fonds des corporations

La majorité des archives corporatives est aujourd’hui conservée dans les services d’archives publics, principalement au niveau départemental.


Dans plusieurs départements, une sous‑série 5 E regroupe les documents provenant des anciennes corporations, guildes et communautés d’arts et métiers, supprimées à la Révolution. On y trouve, selon les lieux :

  • Les statuts et règlements de métier.
  • Les rôles de maîtres et listes d’admissions.
  • Les délibérations, comptes, procès‑verbaux d’inspection.

La présence d’un ancêtre avec un métier artisanal dans les sources paroissiales justifie une recherche ciblée dans la sous‑série 5 E ou dans un fonds de corporations identifié dans les inventaires départementaux.

Les inventaires de sous‑série 5 E et des fonds de corporations sont la porte d’entrée prioritaire pour toute enquête sur un ancêtre artisan.

Archives nationales, archives du monde du travail et bases spécialisées

Au‑delà des archives départementales, d’autres institutions conservent des fonds précieux pour l’histoire des métiers.

Les Archives nationales et les Archives nationales du monde du travail (Roubaix) conservent des fonds de chambres de métiers, de syndicats, d’entreprises ou de fédérations professionnelles des XIXᵉ–XXᵉ siècles.


Des bases nominatives, comme celle des “maîtres et compagnons des corporations” du Musée du Compagnonnage, recensent des milliers de compagnons identifiés dans des archives privées ou associatives.

En combinant inventaires départementaux, bases nationales et ressources spécialisées, Geneafinder ou un tableau de recherche personnalisé peuvent servir à cartographier les artisans d’une lignée sur plusieurs générations et plusieurs territoires.


Méthode : retrouver un ancêtre artisan pas à pas

Partir des mentions de métier dans l’état civil

Toute recherche commence par ce que vous savez déjà : les métiers mentionnés dans l’état civil et les registres paroissiaux.

La profession apparaît souvent :

  • Dans les actes de mariage et de décès (par exemple “maître cordonnier”, “forgeron”, “menuisier”).


  • Dans certains recensements de population au XIXᵉ siècle, réalisés tous les 5 ans et indiquant la profession de chaque membre du foyer.

Inscrire systématiquement la profession dans Geneafinder, à chaque individu et pour chaque acte, permet de repérer rapidement les lignées à forte concentration d’artisans et d’orienter vos recherches vers les bons métiers et les bonnes corporations.

Identifier la corporation compétente et le bon fonds d’archives

Une fois le métier repéré, il faut lui associer une corporation et un fonds d’archives précis.

  1. Utiliser des guides par métiers (paysans, artisans, métiers du rail, etc.) pour comprendre les variantes de chaque profession, les statuts possibles et les archives pertinentes.
  2. Rechercher dans les inventaires départementaux si une corporation correspondante est décrite (par exemple : “Communauté des boulangers”, “Communauté des orfèvres”, “Communauté des charpentiers”).
  3. Noter les cotes de registres et dossiers (statuts, rôles de maîtres, listes d’apprentis) et les consigner dans vos fiches, notes et sources Geneafinder.

En quelques recherches ciblées, vous construisez pour chaque ancêtre artisan un “profil de métier” (corporation, sources disponibles, période couverte) que vous pourrez réutiliser et enrichir dans Geneafinder à mesure de vos découvertes.


Exploiter concrètement les registres corporatifs

Les registres corporatifs sont riches, mais parfois difficiles à lire : il faut savoir ce que l’on cherche.

Trois types de mentions sont particulièrement utiles :


  • Les listes d’admissions d’apprentis, compagnons ou maîtres, qui indiquent nom, prénom, parfois filiation et origine géographique.


  • Les délibérations qui citent des artisans en contexte de conflit, d’amende ou de nomination à un office (gardes, jurés).


  • Les comptes et rôles de taxes, qui détaillent la participation financière des maîtres ou les droits versés lors de la réception à la maîtrise.

En pratique, chaque mention retrouvée (réception de maîtrise, nomination comme juré, amende pour non‑respect des statuts) peut être consignée dans Geneafinder comme un “événement professionnel” daté, enrichissant la biographie de l’ancêtre au‑delà de sa simple naissance et de son décès.



Les archives des corporations offrent un accès direct au monde du travail d’Ancien Régime et permettent de suivre vos ancêtres artisans de l’apprentissage à la maîtrise, en éclairant leur statut, leurs réseaux et leur place dans la société urbaine.


En croisant ces fonds avec l’état civil, les recensements, les archives notariales et les bases spécialisées, puis en structurant l’ensemble dans Geneafinder, vous bâtissez une généalogie vraiment incarnée, centrée sur les métiers, les gestes et les trajectoires professionnelles de vos lignées.



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