Zéro Déchet : nos ancêtres étaient-ils écolos?

Le Zéro Déchet et l’économie circulaire sont les nouveaux enjeux de notre société actuelle. Parallèles historiques avec la gestion des déchets de nos ancêtres.

Zéro Déchet : nos ancêtres étaient-ils écolos?

Au 1er janvier 2020, la France a interdit la vente de certains produits en plastique à usage unique (cotons-tiges, gobelets, assiettes). De plus, le confinement a permis à bon nombre d’entre nous de prendre conscience qu’une forme de rupture avec les modèles de surconsommation actuels est nécessaire pour limiter notre impact écologique. Ainsi, de nombreuses familles se sont lancé le défi de réduire le poids de leurs poubelles en passant au Zéro Déchet. 

La démarche Zéro Déchet, qui permet de réduire la quantité de déchets produits et son impact environnemental en changeant certaines habitudes, n’est pas toujours vue comme une démarche progressive mais comme un retour en arrière par ses détracteurs… Et ils n’ont pas tort, mais c’est tant mieux !


Les astuces de grand-mère sont à la mode


Cuisiner plus, acheter local, faire soi-même… autant de principes « écolos » utiles pour réduire nos déchets tout en essayant de prendre soin de la planète. Mais ces principes « nouveaux » sont loin de l’être, finalement. 

En effet, les « Astuces de grand-mère » ont plus que jamais le vent en poupe. On limite le nombre d’ingrédients et de produits et on use d’un peu d’huile de coude pour fabriquer nous-même plutôt que d’acheter. Nous sommes incité à récupérer, recycler et valoriser nos déchets et même les plus grandes marques s’y mettent. Nous prenons, en fait, exemple sur nos ancêtres, ces grands précurseurs malgré eux du Zéro Déchet. 

Pour ce qui est de l’alimentation, nos ancêtres n’avaient pas vraiment d’autre choix que de manger local. Avant l’arrivée de la boîte de conserve et de l’appertisation en 1790, nos aïeux séchaient, fumaient ou salaient leurs produits pour les conserver. Et avant la naissance du frigo au XIXe siècle, ils s’approvisionnaient au jour le jour auprès de petits commerçants locaux et achetaient en vrac avec des contenants en bois, en verre, en fer blanc, en céramique ou en toile.

De plus, beaucoup de nos ancêtres cultivaient leurs propres denrées (céréales, légumes et fruits) et élevaient des poules et des cochons pour subvenir à leurs besoins. Leurs déchets alimentaires étaient bien utiles pour nourrir leurs animaux et leurs terres. Sans être auto-suffisants, nos ancêtres consommaient en circuit court pour les produits les plus transformés.

En ce qui concerne les objets, pour des raisons économiques d’abord, nos ancêtres les réparaient, les rapiéçaient ou les revendaient en assurant ainsi la revalorisation de leurs fournitures au quotidien. Les vieux vêtements et chiffons étaient d’ailleurs vendus aux chiffonniers, qui les recyclaient en papier. 

Nos aïeux fabriquaient également leurs produits ménagers, leur lessive, leur savon…  Bien avant l’arrivée des produits chimiques et autres progrès techniques des années 1960. 

Bref, depuis toujours, nos ancêtres faisaient avec ce qu’ils avaient à leur disposition et en fonction de leurs moyens. Un paradigme différent de notre société actuelle. En effet, alors qu’aux siècles derniers les plus pauvres n’avaient pas d’autres choix que de valoriser leurs déchets et de consommer de manière raisonnée, les plus riches, en consommant plus, émettaient le plus de déchets. 


Nos ancêtres polluaient-ils ? 


Si nos ancêtres maîtrisaient les préceptes du Zéro Déchet sans même en avoir conscience, ils n’étaient pas beaucoup plus « écolos » que nous. Explications. 

Pour commencer, l’écologie est, entre autre, un mouvement de pensée dont l’objectif est de prendre en compte les enjeux environnementaux au coeur de l’organisation sociale, économique et politique par le changement du rapport homme/environnement. On parle d’écologie en son sens propre (celui de l’étude de l’habitat) depuis 1866 seulement, c’est un concept plutôt récent. Et bien avant qu’il soit démocratisé et au centre de notre organisation socio-politico-économique actuelle, peu de nos ancêtres ne se préoccupaient de l’écologie et de leur impact sur notre planète. D’ailleurs, on retrouve encore de nos jours des déchets laissés en -10 000 av. J.-C. par les hommes préhistoriques. Mais ces « déchets », eux, très utiles car de véritables témoins du passé ! 

En parlant du système de gestion des déchets d’ailleurs, dès l’Antiquité un système de collecte régulière des ordures est mis en place à Athènes ou à Rome. 

Au Moyen-Âge ensuite, on invite la population à déverser les ordures dans des zones de stockage extérieures à la ville pour éviter de polluer les rivières et les rues, en vain. 

En 1506, Louis XII met en place la taxe des boues pour le ramassage des ordures et leur évacuation pour nettoyer les rues mais les habitants ne cessent de les jeter par les fenêtres. 

200 ans plus tard, la première Révolution Industrielle augmentera la production de déchets et la pollution avec les industries minières et textiles notamment. Il faudra attendre la découverte de Pasteur du lien entre hygiène et santé et l’invention d’E. Poubelle, pour apercevoir un système de ramassage des ordures à peu près similaire au système actuel. 

Le parallèle entre innovation industrielle et production de déchets ne fera plus qu’escalader jusqu’à nos jours. La hausse de la consommation dans les années 1960 multipliera pas 10 notre proportion de déchets (plastiques, entre autres). Un phénomène qui fera éclore en 1970 le concept d’écologie politique, largement présent dans notre quotidien. Depuis 2005 nous observons un inversement de la tendance par une amélioration du tri de nos déchets et une prise de conscience écologique plus importante. 

Mais que diraient nos ancêtres de ce « retour en arrière » par le Zéro Déchet alors que nous pouvons apprécier notre confort moderne ? Avaient-ils conscience de leur possible impact écologique et de ce qu’ils laisseraient aux générations futures ? 


Aujourd’hui, beaucoup d’adeptes du Zéro Déchet donnent un sens particulier à cette phrase « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants »…