Hubertine Auclert, la militante engagée pour le droit de vote des femmes

En cette période électorale, petit retour en arrière sur la vie d’Hubertine Auclert suffragette et militante pour les droits des femmes.

Hubertine Auclert, la militante engagée pour le droit de vote des femmes

©️Gallica-BnF


Hubertine Auclert, de son vrai nom Marie Anne Hubertine, voit le jour le 10 avril 1848 à Saint-Priest-en-Murat dans l’Allier. Cinquième d’une fratrie de sept enfants, elle évolue entre un père républicain opposé au Second Empire et une mère qui se consacre aux filles-mères. 


Dès l’âge de neuf ans, Hubertine est placée dans un couvent de Montmarault. Elle suivra tout son cursus scolaire chez les religieuses. L’histoire raconte même qu’à ses 13 ans, notre protagoniste envisageait de s’engager chez les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle n’y sera pas acceptée. Des années plus tard, après la mort de ses parents en 1864 et 1866, son frère la place dans un couvent à Montluçon. Couvent dont elle sera à nouveau écartée en 1869. Ces expériences font d’Hubertine une anticléricale affirmée. 




Crédit : archives départementales de l'Allier. Acte de naissance de Anne Marie Hubérine Auclaire - 10 avril 1848



Le combat féministe d’Hubertine Auclert


Hubertine arrive à Paris en 1873. L’avènement de la Troisième République explique ce nouvel engouement pour le militantisme féministe. Ces femmes veulent réviser le Code Napoléon qui rend la femme mineure à vie et soumise à son mari. 


Très vite notre militante adhère à l’Association pour les droits des femmes. Hubertine y travaille un temps comme bibliothécaire avant de s’opposer à Léon Richer, fondateur de l’association. Elle s’engage et exige que les femmes puissent se présenter aux élections, ce qui pourrait éviter un régime civil si inégal entre hommes et femmes. Cet activisme la pousse à écrire des articles dans plusieurs journaux et à fonder la société Le Droit des femmes en 1876 - qui deviendra Le Suffrage des femmes en 1883.


Dès 1877 déjà, Hubertine s’exprime directement envers les femmes : « Femmes de France, nous aussi nous avons des droits à revendiquer : il est temps de sortir de l'indifférence et de l'inertie pour réclamer contre les préjugés et les lois qui nous humilient. Unissons nos efforts, associons-nous ; l'exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux ! ». En 1880, elle se présente sur les listes électorales et entame un grève de l’impôt. Si les femmes ne sont pas représentées légalement, alors elles ne sont pas imposables ! Un an plus tard, Hubertine lance son journal La Citoyenne pour la libération des droits des femmes. Et dès 1884, elle propose l’idée d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens - un première à l’époque ! - et la féminisation de la langue pour plusieurs mots (témoin, avocat, électeur, député…). 



Hubertine Auclert tenant une banderole concernant le suffrage des femmes

Crédit - Paris, Bibliothèques Patrimoniales - Bibliothèque Marguerite Durand


Une suffragette engagée entre colonialisme et symboles forts


Entre 1888 et 1892, Hubertine quitte la France pour l’Algérie avec son futur mari Pierre Antonin Lévrier. Ce nouveau pays aux codes encore bien différents de la France sera un vrai terrain d’observation pour la militante. Ses écrits, qu’elle conserve précieusement, sont d’autant plus importants que très peu de féministes s’étaient intéressées à la colonisation, au racisme et à l’antisémitisme. Hubertine parle de « double patriarcat, français et arabe » et elle estime même que le colonialisme français a aggravé la situation des femmes en Algérie. 


De retour en France suite au décès de son mari, Hubertine continuera de s’engager en faveur des droits des femmes arabes. 


Plus tard, d’autres faits marquants démontrent de l’engagement continu et fort d’Hubertine Auclert dans la lutte pour le droit de vote des femmes. D’abord, en 1908, elle décide de briser symboliquement une urne pendant les élections municipales de Paris. Puis, en avril 1910, elle se présente aux élections législatives aux côtés de Marguerite Durand. Leur candidature rejetée, Hubertine appelle à boycotter le recensement : « Si nous ne comptons pas, pourquoi nous compte-t-on ? ». 


Hubertine Auclert meurt le 8 avril 1914, 30 ans avant que le droit des votes des femmes ne soit légal en France (1er vote autorisé le 21 avril 1944). Mais ses efforts n’ont pas été vains. Grâce aux actions d’Hubertine les vendeuses et ouvrières ont obtenus le droit de s’asseoir dans les grands magasins et ateliers, les femmes sont devenues électrices puis éligibles au conseil des prud’hommes (1907) et les femmes mariées ont obtenu le contrôle de leurs propres salaires (1908)...