Les sages-femmes d'autrefois : accoucheuses et guérisseuses

Découvrez le rôle des sages‑femmes d’autrefois, entre accouchements, soins et guérison.

Les sages-femmes d'autrefois : accoucheuses et guérisseuses

©️Archives municipales de Cholet

Les sages‑femmes d’autrefois occupent une place centrale dans l’histoire des femmes, de la médecine et des familles : longtemps accoucheuses et guérisseuses, elles incarnent une profession féminine ancestrale, à la frontière entre savoirs populaires, religieux et scientifiques.

Du cercle des matrones du village aux premières écoles de sages‑femmes, leur trajectoire raconte aussi la lente reconnaissance d’un savoir féminin longtemps suspecté puis progressivement intégré au corps médical.


Portrait d’une profession féminine ancestrale

Qui étaient les sages‑femmes d’autrefois, comment exerçaient-elles entre accouchements, remèdes et rites, et comment leur métier s’est peu à peu professionnalisé ?

Nous suivrons quatre grandes questions :

  • Comment se formaient et exerçaient les accoucheuses traditionnelles.
  • Pourquoi elles ont été persécutées et marginalisées à certaines époques.
  • Comment la profession de sage‑femme s’est construite, du XVIIIe au XXe siècle.
  • Comment un généalogiste peut aujourd’hui retrouver la trace d’une ancêtre sage‑femme et raconter son histoire.

En filigrane, il s’agit de redonner voix à ces femmes qui ont accompagné, pendant des siècles, la venue au monde de la quasi‑totalité de nos ancêtres.


Matrones, accoucheuses, « ventrières » : les sages‑femmes avant la médicalisation

Dans les sociétés anciennes, la sage‑femme est avant tout une femme de la communauté, choisie pour son expérience et son habitude des naissances. Elle cumule plusieurs fonctions : assister l’accouchement, conseiller les femmes, prodiguer des soins de base, parfois intervenir dans les questions de fertilité, de contraception ou d’allaitement.

Les textes rappellent qu’elle a porté de multiples noms : prêtresse, druidesse, leveuse, ramasseuse, matrone, accoucheuse, ventrière, avant que le terme de « sage‑femme » ne s’impose. Cette diversité de vocabulaire reflète la variété de ses rôles, selon les régions, les cultures et les périodes.

Lorsque vous repérez dans vos archives une « matrone », une « accoucheuse » ou une « sage‑femme », vous touchez à un pilier du quotidien des femmes de son époque, au cœur de la communauté villageoise ou du quartier.


Le savoir accoucher transmis de femme à femme

Avant la création d’écoles, le savoir des sages‑femmes se transmet essentiellement par l’expérience et l’observation. Les plus anciennes apprennent « sur le tas », en assistant des accouchements, en observant les gestes de leurs aînées et en expérimentant des remèdes à base de plantes médicinales.

Les historiens parlent d’un savoir empirique, c’est‑à‑dire construit à partir de la pratique et de l’observation plutôt que d’une théorie écrite. Les accoucheuses disposent néanmoins d’une véritable culture médicale populaire : elles connaissent les positions d’accouchement, les signes avant‑coureurs des complications, les moyens de soulager la douleur ou de favoriser la délivrance.

Les sources rappellent que, dès le Moyen Âge, certaines villes accordent un statut officiel aux sages‑femmes, parfois intégrées à des corporations et rémunérées par les municipalités, notamment en Alsace, Bourgogne, Lorraine ou dans les villes du Nord.


Accoucheuses, guérisseuses, « sorcières » : une profession sous suspicion

Entre médecine populaire et accusations de sorcellerie

Parce qu’elles manipulent les corps, les plantes et les secrets de famille, les sages‑femmes d’autrefois se trouvent parfois au centre de tensions religieuses et sociales.

Les sources rappellent qu’au Moyen Âge et à l’époque moderne, de nombreuses sages‑femmes sont persécutées par l’Inquisition et assimilées à des sorcières. Elles sont accusées de maîtriser la fertilité, de provoquer ou empêcher les naissances, d’utiliser des remèdes jugés suspects, voire d’être complices de pratiques jugées hérétiques.

L’ouvrage démoniaque Malleus Maleficarum (Marteau des sorcières), publié à la fin du XVe siècle, contribue à nourrir cette suspicion, notamment à l’égard des femmes guérisseuses et accoucheuses.

Dans un arbre généalogique, une ancêtre accusée de sorcellerie, guérisseuse ou réputée « femme de remèdes » pourrait, en réalité, avoir exercé des fonctions proches de celles d’une sage‑femme, aujourd’hui reconsidérées comme des savoirs précieux.


Le contrôle croissant des autorités religieuses et civiles

Au fil des siècles, les Églises et les États renforcent leur contrôle sur l’exercice des accouchements.

Les sources indiquent que, dès l’époque moderne, certaines villes imposent aux sages‑femmes des serments, des examens rudimentaires ou des lettres d’agrément délivrées par les autorités ecclésiastiques ou municipales. Elles doivent jurer de baptiser les enfants en danger de mort, de respecter la morale en matière de naissances illégitimes et de signaler certains cas aux autorités.

Parallèlement, les chirurgiens et médecins cherchent à encadrer les accouchements, ce qui place les sages‑femmes dans une position ambivalente : indispensables sur le terrain, mais souvent dominées et suspectées par les professions masculines émergentes

La montée des réglementations, loin d’effacer les sages‑femmes, contribue paradoxalement à les faire apparaître davantage dans les archives : serments, registres municipaux, enquêtes, dossiers de poursuites.


Du métier d’accoucheuse à la sage‑femme diplômée : la professionnalisation (XVIIIe–XXe siècle)

Les pionnières de la science obstétricale au féminin

À partir du XVIIIe siècle, certaines sages‑femmes prennent la plume et l’initiative pour structurer, enseigner et légitimer leur art.

Louise Bourgeois, sage‑femme de la cour de France, publie en 1617 un ouvrage majeur relatant cinquante années d’expérience en matière de stérilité, fausses couches, accouchements et maladies des femmes et des nouveau‑nés. Au XVIIIe siècle, Angélique Marguerite Le Bourcier du Coudray (souvent appelée Madame du Coudray) rédige L’Art des accouchements et parcourt la France pour former, sur mandat royal, des milliers de sages‑femmes à l’aide d’un mannequin de démonstration.

Les études historiques estiment que la formation itinérante de Madame du Coudray permet de former environ 5 000 sages‑femmes en 25 ans, à partir de 1759, sur l’ensemble du territoire français.

Si vous avez des ancêtres sages‑femmes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est possible qu’elles aient été directement influencées par cette vague de formation, notamment dans les régions où Madame du Coudray est passée.


La loi de ventôse an XI et la naissance d’un corps professionnel

Le tournant majeur intervient avec la loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803), qui conditionne officiellement l’exercice de la profession de sage‑femme à l’obtention d’un diplôme.

Cette loi définit un cadre légal : la sage‑femme devient un « agent de santé » officiellement reconnu, dotée d’un champ de compétences précis, sous la surveillance des médecins et des autorités sanitaires. Dans la foulée, l’Hospice de la Maternité de Paris (future Maternité de Port‑Royal) devient une institution de référence pour la formation des sages‑femmes.

Les textes soulignent que c’est la formation qui permet, dès le début du XIXe siècle, de parler de la sage‑femme comme d’un corps professionnel unique et réglementé, et non plus seulement d’un ensemble disparate de matrones locales.

Après 1803, une ancêtre identifiée comme sage‑femme a de fortes chances d’avoir suivi une formation structurée et d’avoir passé un examen, ce qui laisse parfois des traces dans les archives hospitalières ou les dossiers d’écoles.


Allongement des études et affirmation d’un savoir scientifique

Au XIXe siècle, la formation des sages‑femmes s’allonge et se renforce.

Les sources indiquent qu’en 1802, la première École nationale de sages‑femmes à Paris prévoit une formation de six mois ; la durée passe à un an en 1814, puis à deux ans en 1892. En parallèle, la Chaise d’obstétrique créée par Napoléon en 1806 devient la première spécialité médicale, avec pour mission de former médecins et sages‑femmes.

Les historiens de la profession soulignent qu’entre 1786 (première enquête nationale sur les sages‑femmes) et 1916‑1917 (unification des études par la loi du 5 août 1916), la France connaît une véritable « maturité réglementaire » : multiplication des écoles, homogénéisation des programmes, contrôles réguliers.


Sages‑femmes, protectrices des mères et des enfants

Une mission démographique et sociale essentielle

Les autorités françaises ont très tôt considéré la sage‑femme comme une protectrice de la population, chargée de réduire la mortalité à la naissance.

Les travaux sur l’histoire de la profession rappellent que, dès le XVIIIe siècle, les pouvoirs publics voient dans la formation des sages‑femmes une réponse à l’« inquiétude démographique » liée à la mortalité maternelle et infantile. L’objectif affiché est de « protéger l’homme au moment où il arrive au port de la vie », pour reprendre une formule des congrès du XIXe siècle citée par les historiens de la formation.

Ce rôle de protection se double d’une mission sociale : la sage‑femme est parfois la seule professionnelle de santé accessible aux femmes pauvres, en particulier à la campagne.


Des compétences médicales croissantes, mais sous contrôle

À mesure que la formation se développe, les sages‑femmes acquièrent un savoir scientifique de plus en plus pointu, tout en restant limitées par la loi.

Au XIXe siècle, la sage‑femme est formée à dépister les pathologies de la grossesse et de l’accouchement, à prendre en charge la parturiente dans la limite de ses compétences et à appeler le médecin en cas de complication. Les lois de l’an XI puis de 1892 fixent précisément ce qu’elle a le droit de faire, notamment en matière de manœuvres obstétricales.

Par ailleurs, l’Ordre des sages‑femmes, créé en 1945 en même temps que l’Ordre des médecins, dote la profession d’un cadre déontologique précis, même si sa présidence reste longtemps confiée à un médecin. Ce n’est qu’en 1995 qu’une sage‑femme peut présider le Conseil national de l’Ordre, marque tardive de la reconnaissance de leur autonomie professionnelle.


Comment retrouver une ancêtre sage‑femme dans vos recherches généalogiques ?

Repérer la profession dans l’état civil et les recensements

Le premier réflexe consiste à traquer la mention de la profession dans les actes et les listes nominatives.

Sur les actes de naissance, mariage ou décès, la profession est souvent indiquée : « sage‑femme », « accoucheuse », « matrone », parfois « infirmière‑sage‑femme » au XXe siècle. Les recensements de population permettent également d’identifier les femmes exerçant cette activité dans une commune, avec l’indication du foyer, des enfants et parfois du lieu de naissance.

Les guides de généalogie recommandent de varier les orthographes et les termes, et de vérifier la répétition de la profession sur plusieurs années pour confirmer qu’il s’agit bien d’un métier durable, non d’une occupation ponctuelle.


Exploiter les archives hospitalières, écoles et journaux professionnels

Pour les sages‑femmes formées dans des écoles ou exerçant dans des maternités, des traces écrites plus détaillées peuvent exister.

Les historiens de la formation des sages‑femmes montrent que l’ouverture d’écoles départementales et la mise en place d’examens produisent des registres d’inscription, de diplômes et de correspondance, aujourd’hui conservés dans les archives hospitalières ou départementales. Par ailleurs, des journaux professionnels comme le Journal des sages‑femmes, publié au XIXe siècle, témoignent du quotidien du métier et citent parfois des noms de praticiennes, de cas cliniques ou de controverses.

Enfin, la presse locale peut mentionner des sages‑femmes dans des faits divers, des annonces d’ouverture de cabinets, des affaires disciplinaires ou des hommages funèbres.


Donner corps à son histoire avec un outil structurant

Une fois les informations collectées, tout l’enjeu est de les organiser et de les transmettre.

Un outil structurant comme Geneafinder permet d’associer à la fiche de votre ancêtre sage‑femme :

  • ses différents lieux d’exercice (village, ville, maternité),
  • les dates repérées dans les actes et archives,
  • les naissances auxquelles elle est liée comme témoin ou déclarante,
  • des notes expliquant le contexte historique de la profession (loi de 1803, durée des études, évolution du statut).

Vous pouvez également relier toutes les personnes qu’elle a potentiellement fait naître dans votre arbre, matérialisant ainsi son rôle de « passeuse de vie » au sein de la communauté familiale et locale.


Redonner leur place aux sages‑femmes dans nos histoires familiales

Les sages‑femmes d’autrefois sont à la fois accoucheuses, guérisseuses, confidentes et parfois boucs émissaires : elles concentrent sur leurs épaules une part considérable des espoirs et des peurs liés à la naissance. De la matrone villageoise à la sage‑femme diplômée, de la suspicion de sorcellerie à la reconnaissance professionnelle, leur trajectoire éclaire l’histoire des femmes et de la médecine.

Pour les généalogistes, retrouver une ancêtre sage‑femme, c’est ouvrir la porte à une histoire riche, intime et collective : celle d’une femme qui, par son travail, a contribué à la vie de centaines de familles. En croisant les sources (état civil, recensements, archives hospitalières, presse) et en structurant vos découvertes dans un outil comme Geneafinder, vous pouvez lui redonner le rôle central qu’elle a tenu dans la communauté et dans votre lignée.


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